Le chemsex, problème de santé publique

Depuis quelques années, la consommation intentionnelle de substances psychoactives en contexte sexuel - le chemsex - s’est développée parmi les hommes gays. Explication avec Sandrine Detandt, Observatoire du sida et des sexualités.

L’arrivée du traitement préventif PrEP (prophylaxie pré-exposition) en 2017 a créé une véritable révolution dans le milieu des hommes gays, permettant de se prémunir du risque d’infection par le VIH lors de rapports sexuels non protégés.

« C’est à ce moment qu’a aussi émergé le chemsex comme problème de santé publique, comme inquiétude qui pouvait confiner à une panique morale », commente Sandrine Detandt , co-directrice de l’Observatoire du sida et des sexualités à l’ULB.

Lié à la généralisation des applications de rencontres géolocalisées et à l’introduction de nouveaux produits de synthèse dans un contexte de facilitation de la consommation, le chemsex s’ancre dans une logique de performance, de pratique de l’excès de soi, de performativité, d’augmentation de la quantité et de la durée des rapports sexuels comme de l’intensification des sensations. « Cette pratique intense est aussi une manière de reproduire un certain nombre de codes masculins pour des hommes souvent infériorisés par rapport à leur masculinité à l’intérieur du groupe ».

En permettant à ces hommes - plus âgés, racisés, ne répondant pas aux codes classiques de la masculinité - d’entrer en relation avec d’autres hommes auxquels ils n’auraient ordinairement pas eu accès, le chemsex agit aussi, selon la chercheuse, comme un « potentiel diluateur des rapports de pouvoir ». Par comparaison, les rapports sexuels sans substance peuvent aussi apparaître comme peu satisfaisants. Avec le temps, le chemsex devient chez certains un prétexte pour consommer, avec une difficulté à pouvoir effectivement avoir des rapports sexuels.