Quand les Wallons s’en vont en guerre

Jeu d’échec, fin 18e siècle. Musée Royal de l’Armée et d’HistoJeu d’échec, fin 18e siècle. Musée Royal de l’Armée et d’Histoire militaire - photo M. Belin

Jusqu’au 5 décembre 2022, le professeur Bruno Colson et la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin consacrent une exposition aux soldats originaires de nos régions ayant servi dans l’armée des Habsbourg aux 18e et 19e siècles. L’occasion de rappeler un pan de notre histoire nationale, aussi raconté dans un livre, et de faire prendre la lumière à des trésors issus des réserves précieuses de la BUMP et de ses partenaires.

Les "Wallons" au 18e siècle

Parler de « Wallons » au 18e siècle, n’est-ce pas anachronique - À cette époque en effet, la Wallonie ne recouvre aucune réalité politique : les provinces constituant cette région, à l’exception de la principauté de Liège, sont réunies au sein des Pays-Bas méridionaux, alors possessions héréditaires de l’empereur Charles VI puis de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Et pourtant : depuis le 16e siècle, le nom de « Wallons » est bien utilisé pour désigner les militaires, engagés volontaires, issus de ces territoires. Au cours de la guerre de Trente Ans (1618-1648), ces troupes « wallonnes » constituent même l’ossature de l’armée des Habsbourg.

L’exposition qui se déroule actuellement à la BUMP revient sur le destin de ces « Wallons » au travers d’écrits, de gravures, de cartes anciennes, de documents d’archives et d’objets multiséculaires, grâce à un partenariat avec le Musée Royal de l’Armée et d’Histoire Militaire (Bruxelles), les Archives de l’État à Namur et l’Université de Gand. Les pièces réunies sont d’autant plus exceptionnelles que peu d’éléments matériels ont été conservés de cette période oubliée. On admire ainsi un rare jeu d’échecs dont les pions portent les couleurs d’une part des régiments wallons, d’autre part des troupes prussiennes, ennemies dans la guerre de Succession de Bavière (1778-1779), ou encore l’équipement d’un soldat d’infanterie qui semble bien dérisoire face à la violence des combats dans lesquels s’engageaient ces hommes, côte à côte, dans une lente marche vers l’ennemi.

Le Prince Charles-Joseph de Ligne, homme de guerre, homme de lettres

À la tête de ces troupes nationales, de grands noms : d’Arberg, de Baillet Latour, de Clerfayt... Le plus célèbre est sans aucun doute le prince Charles-Joseph de Ligne (1735-1814), qui marquera les cours européennes de son empreinte et de son esprit. Grâce notamment au Fonds Eric Speeckaert pour l’étude des oeuvres du Prince de Ligne , confié à l’UNamur par la Fondation Roi Baudouin, l’exposition met en exergue cette personnalité, à la fois penseur militaire, diplomate, amateur d’art, de jardins et auteur littéraire. De nombreuses pièces exposées sont issues de ce Fonds. On notera en particulier la série de gravures originales tirées des Préjugés militaires (1780) du Prince de Ligne, qui illustrent des batailles de la guerre de Sept Ans et dont le réalisme est dû à ses souvenirs précis du terrain. Les écrits militaires du Prince sont d’ailleurs fortement inspirés de son expérience durant ce conflit. C’est à Vienne qu’il décédera, témoin exilé des derniers bouleversements de son temps : la Révolution française, l’épopée napoléonienne et le démarrage du Congrès de Vienne (1814), qui redistribuera les cartes sur l’échiquier européen.

Une valorisation pédagogique des Fonds consacrés au Prince de Ligne

Le profil prolifique et polyvalent de Charles-Joseph de Ligne en fait aussi un objet d’étude intéressant pour les étudiantes et les étudiants en Histoire. Cette année, le professeur Axel Tixhon consacre l’un de ses pré-séminaires de recherche au Journal de la Guerre de Sept Ans du Prince de Ligne (1796), dont la BUMP conserve deux versions au sein du Fonds Eric Speeckaert et du Fonds Pierre Mouriau de Meulenacker . Les pré-séminaires s’inscrivent dans le parcours d’initiation à la recherche des étudiantes et des étudiants en Histoire. Ils leur donnent l’opportunité de se plonger dans une source documentaire, qu’ils pourront remettre en contexte et confronter à la critique historique. Avec le Journal du Prince, les étudiantes et les étudiants enquêtent sur un écrit très particulier, tiré au départ d’une expérience de terrain très personnelle rendue publique 30 ans plus tard, non sans avoir connu un travail de réécriture de la part de son auteur, passé dans l’intervalle de jeune capitaine à général d’Empire.

Une histoire à découvrir dans un livre

La riche iconographie mobilisée dans l’exposition de la BUMP est à retrouver dans la synthèse consacrée par le professeur Bruno Colson aux « Belges » dans l’Armée des Habsbourg. Ce livre*, qui aborde également la figure du Prince de Ligne, est sans doute la synthèse la plus complète à ce jour sur l’armée habsbourgeoise dans la deuxième moitié du 18e siècle et au début du 19e siècle. Il comporte 1200 illustrations qui donnent à voir l’histoire de ces milliers d’hommes engagés au service de leur nation.

* Bruno COLSON, Les Belges dans l’armée des Habsbourg. Régiments et personnalités militaires des Pays-Bas autrichiens, 1756-1815 (Verlag Militaria, 2020), 416 p.

L’exposition à la BUMP est accessible gratuitement jusqu’au 5 décembre 2022.

Plus d’info : https://www.unamur.be/bump