Les jeunes et les femmes, premières victimes de détresse psychologique

Enquête ’covid et moi’ UCLouvain-UAnvers

Depuis près d’un an, tous les aspects de la vie sociale ont été affectés par des mesures sanitaires - visites des personnes à domicile, modalités de travail, voyages, amis - d’une ampleur telle que l’on se trouve face à une expérimentation nationale sans précédent. Vincent Lorant , chercheur à l’UCLouvain et des collègues de l’Université d’Anvers se sont penchés sur l’impact de ces mesures sur la santé mentale de la population, un des indicateurs du fardeau que constituent ces mesures. 6337 personnes ont participé aux quatre temps d’enquête.

Les scientifiques ont collecté des données à quatre reprises auprès des mêmes participants :

  • en mars, trois jours après la mise en oeuvre du premier confinement,
  • en avril, au pic épidémique de la première vague,
  • en juin, lors du déconfinement
  • en novembre, lors de la deuxième vague.

Détresse psychologique : de 48% (mars) à 32% (juin) et 47 % (novembre)

Les méthodes d’analyse statistique utilisées permettent de scinder les différences de détresse psychologique en trois grandes sources : (a) la variation liée à la temporalité de l’épidémie (mars, avril, juin et novembre) qui concerne tous les individus ; (b) la variation intra-individuelle liée à des caractéristiques personnelles, par exemple l’isolement, l’exposition au COVID-19 ; (c) la variation inter-individuelle liée à des caractéristiques stables tel que l’âge, le genre, la situation sociale, etc..

Au début du confinement et pendant la première vague de la pandémie, 48% (mars) et 46% (avril) des individus étaient à risque de détresse psychologique tandis qu’avec le déconfinement en juin, ce taux baissait à 32%. Lors de la reprise de l’épidémie et des mesures sanitaires plus strictes en novembre, la détresse psychologique touchait à nouveau 47% de la population (voir graphique en fin de communiqué). Aux deux extrêmes, tout au long de la crise sanitaire, 27% des individus n’ont jamais atteint le seuil de de détresse psychologique tandis que 15% des répondant·es ont été en situation de détresse psychologique lors des quatre temps de l’enquête (voir Table 1).

La vulnérabilité d’un individu variable d’une vague à l’autre

Les résultats indiquent que la part intra-personnelle des changements de détresse psychologique au cours de la période mars-novembre est très importante (47%), tandis que la part temporelle, liée à la période d’enquête, est faible (3%). Les différences inter-individuelles et stables dans le temps (âge, sexe) sur l’ensemble de la période 2020 représentent 46% des différences de détresse.

Autrement dit, les vulnérabilités psychologiques oscillent fortement pour un individu donné d’une vague à l’autre , et pas nécessairement au même moment. En deuxième lieu, différents individus ont différentes vulnérabilités en lien avec des facteurs ne variant pas dans le temps.

L’âge, un facteur décisif

En investiguant deux de ces facteurs invariants, l’âge et le genre, les scientifiques ont constaté que les femmes et les jeunes ont connu un plus grand nombre d’états de détresse psychologique entre mars et novembre (voir Table 2). La relation avec l’âge est très caractéristique et pratiquement linéaire : au plus on est dans une tranche d’âge jeune, au plus le nombre moyen d’épisodes de détresse psychologique entre mars et novembre est élevé. Les populations jeunes ont eu deux fois plus d’épisodes que les populations plus âgées. Les femmes ont en moyenne un demi-épisode en plus par rapport aux hommes.

Plusieurs facteurs variants dans le temps ont été investigués, faisant apparaître que 24% des différences de détresse psychologiques s’expliquent par l’isolement, le faible support social et la fréquence des activités, contre moins de 1% pour l’exposition à la COVID-19.     

43% ont cliqué pour obtenir des informations d’aide 

En conclusion, l’étude ’COVID et moi’ a été conçue pour ramener à l’agenda une des conséquences néfastes des mesures de suppression, la détresse psychologique.
Les scientifiques indiquent qu’un tiers de l’échantillon a connu au moins trois épisodes de détresse entre mars et novembre, les plus jeunes et les femmes étant les plus concernés.

Forts de leur analyse, ils suggèrent aux autorités de prendre deux grandes catégories de mesures pour contrer les effets néfastes des mesures de suppression : (1) des mesures ’ciblées’ qui aident les publics plus vulnérables tout au long de la période et (2) des mesures ’à la carte’ qui permettent à différents individus d’obtenir de l’aide à certains moments.  « Nous constatons en effet que lors de la deuxième vague d’enquête en avril, 43% de l’échantillon a cliqué sur un lien pour obtenir des informations d’aide.

Redistribuer le bien-être

Les plus jeunes portent le plus le fardeau des mesures de suppression, principalement au profit de la santé des aînés. Cette redistribution du bien-être pourrait faire l’objet d’une attention particulière des pouvoirs publics. Les écoles doivent rester ouvertes et le retour aux auditoires doit être envisagé. 

Les scientifiques pointent un paradoxe : « les décisions politiques semblent moins préoccupées des effets secondaires des mesures de suppression qu’elles ne le sont pour des interventions comme, par exemple, la vaccination où toutes les précautions sont prises pour mesurer, monitorer et réduire les effets secondaires. »

Les équipes de chercheur·es comprennent : Vincent Lorant, Pierre Smith, Katharina Seeber et Pablo Nicaise (Institut de Recherche Santé et Société , UCLouvain), Kris Van den Broeck (Université d’Anvers)

Graphique 1.  Evolution et transition de la détresse psychologique entre mars et novembre 2020, Belgique, COVID et Moi : Diagramme de Sankey.

Table 1.  Nombre d’épisodes de détresse psychologique mesurés entre mars et novembre 2020, étude « Covid et moi » (n=6,337). 

Table 2. Nombre d’épisodes de détresse psychologique mesurés entre mars et novembre, par genre et groupe d’âge, COVID et moi. 


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